Apprendre à voir pour mieux s’émanciper avec la Fabrique du Regard
Comprendre les images et en fabriquer pour raconter le monde autrement : c’est l’ambition de la Fabrique du Regard, le pôle pédagogique du BAL. Chaque année, de nombreux jeunes y découvrent des clés pour décrypter les images. Dans le 18ᵉ, au centre de loisirs de l’école élémentaire du 69, rue Championnet, cette aventure collective se vit caméra à la main, au cœur de la cour de récréation.
Apprendre à voir pour mieux s’émanciper avec la Fabrique du Regard Reportage Mise à jour le 18/05/2026 Crédit photo : Mathilde Gardel Sommaire Revenir en haut Comprendre les images et en fabriquer pour raconter le monde autrement : c’est l’ambition de la Fabrique du Regard, le pôle pédagogique du BAL. Chaque année, de nombreux jeunes y découvrent des clés pour décrypter les images. Dans le 18ᵉ, au centre de loisirs de l’école élémentaire du 69, rue Championnet, cette aventure collective se vit caméra à la main, au cœur de la cour de récréation. Regarder autrement un monde saturé d’images Crédit photo : Mathilde Gardel Ce qui se joue dans la cour de l’école Championnet s’inscrit dans un dispositif plus large : la Fabrique du Regard. Ce programme est porté par le BAL, lieu d’exposition dédié à l’image fixe et en mouvement (photographie, cinéma, vidéo, médias) fondé en 2010 par Raymond Depardon et aujourd’hui dirigé par Diane Dufour. Avec la Fabrique du Regard, le BAL développe des actions d’éducation à l’image pensées pour répondre à un enjeu central : apprendre aux jeunes à regarder, comprendre et questionner les images qui façonnent leur quotidien. « On est dans un monde d’images, aujourd’hui on en consomme de plus en plus. Il est essentiel que les jeunes apprennent à les analyser, à les décrypter, et à comprendre comment elles ont été produites, dans quel contexte et comment elles ont circulé », explique Mahé, responsable des programmes d’éducation aux images à la Fabrique du Regard. Crédit photo : Mathilde Gardel À l’heure des réseaux sociaux et du numérique, l’enjeu est d’autant plus important. « Il n’y a plus de hiérarchisation des images, on y est confrontés en permanence. Notre travail consiste à leur donner des outils pour comprendre comment ces images fonctionnent entre elles, et comment elles résonnent chez eux », poursuit-elle. Apprendre à lire les images est aujourd’hui primordial pour que les jeunes puissent se situer face à ce qu’ils voient. Comprendre comment une image est fabriquée leur permet de mieux décrypter le monde et d’ouvrir d’autres perspectives Mahé Responsable des programmes d’éducation aux images à la Fabrique du Regard Chaque année, près de 2 000 jeunes à Paris et en Île-de-France participent à ces actions d’éducation à l’image, menées sur les temps scolaire et périscolaire, avec une attention particulière portée aux zones d’éducation prioritaire. Voir et faire : une méthode au cœur des ateliers Crédit photo : Mathilde Gardel La Fabrique du Regard s’appuie sur une pédagogie simple et claire : le voir et le faire. Les ateliers débutent toujours par un temps d’analyse collective d’images, photographies, extraits de films, vidéos, avant de passer à phase de la création. « Il n’y a pas un moment plus important qu’un autre », raconte Axelle, chargée de projets à la Fabrique du Regard. « Les temps de discussion et d’analyse sont aussi essentiels que les phases de tournage. Comprendre les images permet de mieux les fabriquer, et inversement. C’est cette continuité entre le voir et le faire qui donne tout son sens au projet. » Crédit photo : Mathilde Gardel Accompagnés par des artistes et des professionnels de l’image, les jeunes réalisent films, séries photographiques, ou encore des journaux et livres en image. « Pour les courts-métrages par exemple, on tient à une post production de qualité avec : étalonnage et mixage pour que les jeunes soient fiers de leurs créations », précise Mahé. Ces créations sont ensuite présentées au public lors du Festival de la Fabrique du Regard, organisé chaque année au BAL, début juin. « Ce moment de restitution est très fort. Les jeunes prennent confiance et sont fiers de leur travail », ajoute-t-elle. Les enfants deviennent des cinéastes Dans la cour de l’école élémentaire du 69, rue Championnet, le décor est familier. Mais ce mercredi après-midi, la scène a changé : caméra sur trépied, micro à la main, clap au départ. Sur le sol, un travelling fait maison, à partir d’un skate glisse doucement sur le sol et permet de faire avancer la caméra. Le temps d’un après-midi, la cour d’école devient un véritable plateau de tournage ! Crédit photo : Mathilde Gardel Crédit photo : Mathilde Gardel Crédit photo : Mathilde Gardel Dans le cadre du programme « Regards croisés », quinze élèves de CE1, CE2 et CM1 participent à un atelier mené au centre de loisirs. Avec la réalisatrice et cheffe opératrice Laura Garcia, ils réalisent un court-métrage autour de la thématique annuelle « S’émanciper par l’image. » « Le point de départ du film, c’est le cadrage », explique Axelle. « On travaille sur l’idée de libérer des personnages de cadres qui les contraignent. » Travelling arrière, changements de point de vue, mouvements de caméra… Les enfants expérimentent, parfois avec des moyens très simples, comme un travelling fabriqué à partir d’un skate. Crédit photo : Mathilde Gardel Avant le tournage, chacun découvre le matériel et les rôles. « Chaque élève a une place : acteur, cadreur, preneur de son, assistant réalisateur. Cette répartition est très enrichissante, car ils comprennent que le cinéma est avant tout un travail collectif », ajoute-t-elle. Trouver sa place face aux images Crédit photo : Mathilde Gardel Ici, pas de vocabulaire simplifié. « Nous faisons le choix d’utiliser le véritable langage du cinéma », explique Axelle. « Les enfants sont capables de se l’approprier, à condition que l’on prenne le temps de contextualiser et d’illustrer les notions avec des images qu’ils connaissent. » Pour le travelling, par exemple, c’est surtout par la pratique et le jeu qu’ils en comprennent le sens. Axelle chargée de projets à la Fabrique du Regard Valeurs de plans, hauteurs de caméra, mouvements : les concepts sont abordés à partir de captures de films connu des enfants, puis mis en pratique. « Pour le travelling, par exemple, c’est surtout par la pratique et le jeu qu’ils en comprennent le sens. » Le cadre périscolaire favorise aussi une autre dynamique. « Même si les ateliers ont lieu dans l’école, le fait qu’ils s’inscrivent dans le centre de loisirs change beaucoup de choses. On voit des enfants très timides en classe se révéler ici. La parole circule autrement, ces moments sont précieux », raconte Axelle. Au centre de loisirs de cette école, la séance de tournage touche à sa fin. La caméra se range, le skate-travelling retourne à sa vie d’objet du quotidien. Mais pour les enfants, quelque chose a bougé. En apprenant à cadrer, à déplacer la caméra, à raconter une histoire en images, ils ont aussi appris à regarder autrement ce qui les entoure. Avec la Fabrique du Regard, l’image devient un outil d’expression, de confiance et de dialogue. Une manière, dès le plus jeune âge, de prendre sa place face aux images et parfois, d’en inventer de nouvelles. Les créations des jeunes sont visibles en ligne Le Festival de la Fabrique du Regard se tiendra du 2 au 7 juin 2026 au BAL situé au 6, Impasse de la Défense